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Espace Collaboratif vers une Constitution pour l'Economie


ECCE




Vers une constitution pour l'économie, quels enjeux ?


L’effondrement des systèmes économique et écologique devient le scénario le plus probable. L’Histoire ne s’arrêtera pas. Face à l'inévitable chaos, nous pouvons tenter de préserver la démocratie en inscrivant l’écologie et l’économie dans le mouvement des droits de l’homme. Deux idées simples suffisent pour en rouvrir la voie :
  • repenser les complémentarités entre liberté, égalité et fraternité,
  • renouer les fils cassés de la tradition institutionnaliste européenne.

Retour aux sources



L’ancrage démocratique peut être retrouvé par l’application au marché du principe moral de fraternité, laissé en plan depuis 1789. En effet, livrés à eux-mêmes, les droits de liberté et d’égalité ne génèrent que la sauvagerie du marché, à l’exemple du droit de chacun à parier sur l’évolution d’un prix parce qu’il se croit le plus malin dans le jeu qui consiste uniquement à piquer du pognon aux autres.

De plus, l’activation du principe de fraternité correspond à la nécessité de structurer l’organisation sociale sur le mode coopératif et d’abandonner les stratégies de conquête et de maîtrise du monde par des réseaux structurés sur le mode compétitif , lequel se révèle aujourd’hui inadapté au maintien des équilibres écologiques. L'alternative est simple, soit nous abandonnons les stratégies de compétition qui nous ont permis, en temps qu'espèce, d'être la première à réussir l'exploit de régner sur la planète au point d'en scier la branche sur laquelle s’étend notre domination, soit nous accompagnons cette branche dans sa chute.

L’inscription dans l'Histoire

Libertés, Égalités, Fraternités
Les démocraties issues des débats constitutionnels des XVII et XVIII ème siècles sont aujourd’hui contraintes au sabordage par une dette publique rapace et irrécouvrable, laquelle les conduit à la faillite et met l’ordre politique à la botte d’un ordre marchand devenu absolu : à la prochaine vague, du pouvoir des Etats, il ne restera que le simulacre. Pour repartir, la démocratie doit renouer les fils cassés lors des phases constitutionnelles précédentes et dépasser l’alternative entre liberté et égalité, telle quelle fut expérimentée de façon mortifère au siècle dernier.






Libertés, Égalités, Fraternités



Le mot Fraternité a des connotations si particulières qu'on a du mal à imaginer qu'un programme politique puisse être jamais fondé sur lui. Personne n'aime faire de la politique avec de bons sentiments. Pourtant, je suis convaincu qu'un jour tous les programmes, de gauche comme de droite, que ce soit pour le promouvoir ou s'y opposer, y feront, au moins implicitement, référence ; le libéralisme comme la social-démocratie voudront le récupérer. Toutes les utopies se rangeront sous cette bannière.
D'abord, la Fraternité donne un sens humain à l'Éternité en permettant à chaque génération de trouver son bonheur dans celui des suivantes, en leur léguant un monde meilleur que celui qu'on a soi-même reçu, assurant ainsi la pérennité de la Vie dans une poursuite infiniment relayée du bonheur.
Ensuite, la Fraternité réconcilie Liberté et Égalité. Mieux, même : alors que ces trois utopies ne sont pas compatibles deux à deux, chacune rend les deux autres compatibles.
La Fraternité résout ainsi la plus ancienne contradiction de l'histoire des idées politiques, celle sur laquelle tous les théoriciens ont achoppé depuis des siècles, entre la Liberté et l'Égalité. On le démontre aisément

La Fraternité rend compatibles Liberté et Égalité.



La Liberté ouvre un droit à accumuler des richesses qui est créateur d'inégalités et de jalousies, sauf si la Fraternité permet d'éprouver du plaisir à la réussite des autres. Réciproquement, l'Égalité ne peut être maintenue sans attenter aux libertés que si chacun trouve du plaisir à partager avec l'autre.

La Liberté rend compatibles Égalité et Fraternité.


Personne ne peut trouver plaisir à être forcé de se considérer comme l'égal d'un autre. Réciproquement, être forcé de trouver plaisir à la réussite de l'autre, alors même que cette réussite s'accompagne de la misère d'un tiers, revient à tolérer les injustices pour le plaisir de faire plaisir aux riches.

L'Égalité rend compatibles Fraternité et Liberté.



Étant jouissance du bonheur de l'autre, la Fraternité peut, s'il n'y a pas d'exigence de réciprocité, déraper dans la jouissance masochiste de la soumission. Elle peut aussi déraper dans la violence : le plaisir pris à donner peut devenir comme, par exemple, dans le potlatch un défi, une démonstration de force, la générosité ostentatoire et exhibitionniste du chef. La Fraternité n'est donc équilibrée que dans la réciprocité. Inversement, sans Égalité, la Liberté contredit la Fraternité : on ne peut trouver intérêt à la réussite de l'autre si l'on ne lui accorde pas au moins les moyens d'être égal à soi. Une société fraternelle ne pourrait donc tolérer la pauvreté.

Au total, non seulement la Fraternité rend compatibles la Liberté et l'Égalité, mais elle permet même à l'une et l'autre de s'auto-entretenir.

J. Attali, Fraternité, Fayard,1999.






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